Poisson : une consommation qui explose (©DR).
Oui, la consommation de poissons explose sur notre planète, alors que les stocks - mis en évoidences par les chercheurs et les pêcheurs - stagnent au quatre coins de nos eaux. Ce paradoxe entre une consommation mondiale qui bat des records et des stocks naturels qui s'essoufflent s'explique par une mutation profonde de notre système alimentaire. En cette année, le poisson n'est plus seulement un produit de cueillette marine, mais est devenu une denrée massivement cultivée, changeant radicalement la structure de l'offre mondiale.
L'explication majeure réside dans l'ascension fulgurante de l'aquaculture, qui a franchi un cap historique en dépassant désormais la pêche de capture pour l'alimentation humaine.
Alors que la quantité de poissons sauvages pêchés en mer stagne depuis les années 1990 à environ 90 millions de tonnes par an, l'élevage de poissons, de crustacés et d'algues a pris le relais pour répondre à la demande d'une population mondiale croissante. Cette industrie, dominée par l'Asie, permet de stabiliser les prix et d'assurer une disponibilité constante sur les étals, indépendamment des saisons ou des aléas climatiques qui affectent les flottes de pêche traditionnelles.
La modernisation des flottes seules responsables ?
Parallèlement, l'efficacité technique de la pêche industrielle permet de maintenir des niveaux de captures élevés malgré la fragilité des stocks. La technologie moderne, incluant des radars de précision et des flottes de navires-usines capables de traiter le poisson directement en mer, permet d'exploiter des zones de plus en plus profondes ou éloignées.
Cependant, cette pression constante pousse environ un tiers des stocks mondiaux vers la surexploitation. Si le tonnage total capturé reste stable en apparence, c'est souvent au prix d'un effort de pêche bien plus intense et du ciblage d'espèces plus petites ou moins nobles pour compenser la disparition des grands prédateurs.
Mondialisation des sur-pêches et du constat
La mondialisation des échanges joue également un rôle moteur dans cette explosion de la consommation. Le poisson est aujourd'hui l'une des denrées les plus échangées au monde : une part considérable des produits consommés en Europe ou en Amérique du Nord est élevée en Norvège ou au Chili, transformée en Asie, puis réexpédiée.
Cette fluidité logistique, couplée à une demande croissante pour des protéines perçues comme plus saines que la viande rouge, crée une aspiration mondiale sur des ressources qui, sans l'apport massif de l'élevage, auraient déjà atteint leurs limites biologiques.
Quel avenir pour cette consommation ?
Les enjeux de durabilité redéfinissent les efforts des industriels et des régulateurs. Pour que cette consommation puisse continuer de progresser alors que l'océan "plafonne", l'accent est mis sur l'amélioration des rendements de l'aquaculture, notamment en remplaçant la farine de poissons sauvages (utilisée pour nourrir les poissons d'élevage) par des protéines végétales ou des insectes. L'objectif est de briser le lien de dépendance entre la croissance de notre consommation et le prélèvement sur les écosystèmes marins, afin de préserver la capacité de régénération des stocks sauvages restants.
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