vendredi 25 mars 2022

La filière bio en cette année 2022 : le point

Le bio, une filière sous surveillance (© Béatrice Legrand, OuestFrance)


Nous n'avons absolument rien contre la filière bio. Mais, nous avons voulu nous faire l'avocat du diable et voir si la filière avait des choses à se reprocher. des limites avouables, alors que la filière conventionnelle s'enlise dans des scandales ou pèses sur elle des menaces sur sa durabilité (hausse de certains cancers, cadmium, hexane…)


Une base très sérieuse et contrôlée


L'agriculture biologique repose sur un cahier des charges rigoureux qui garantit l'absence de produits phytosanitaires de synthèse et d'OGM, ce qui en fait une filière globalement très surveillée et fiable. Le label AB ou l'Eurofeuille imposent des contrôles annuels stricts, tant sur les pratiques de l'agriculteur que sur la traçabilité des produits. Pour la grande majorité des consommateurs, choisir le bio reste le moyen le plus sûr de limiter l'exposition aux résidus de pesticides chimiques. Cependant, comme tout système de production, cette filière rencontre des limites structurelles et environnementales qui peuvent parfois nuancer sa promesse de pureté absolue.


Bémol sur la persistance des polluants dans certains sols


L'une des limites les plus concrètes concerne effectivement la pollution persistante des sols. Même si un agriculteur respecte scrupuleusement les règles du bio, ses terres peuvent avoir conservé des traces de polluants historiques utilisés des décennies auparavant, comme le chlordécone dans certaines régions ou des métaux lourds. La transition vers le bio, qui dure généralement deux à trois ans, permet de réduire drastiquement les résidus, mais elle ne peut pas "effacer" instantanément un passif industriel ou chimique lourd. De plus, la pollution atmosphérique ou celle des nappes phréatiques ne s'arrête pas aux frontières d'une parcelle certifiée, ce qui explique pourquoi d'infimes traces de contaminants peuvent parfois être détectées lors d'analyses poussées.


Productions bios hors France ?


Une autre difficulté réside dans la gestion des produits bio importés de pays hors de l'Union européenne. Bien que des accords d'équivalence existent, le contrôle de la chaîne logistique est plus complexe et les risques de fraudes ou de contaminations croisées lors du transport sont plus élevés. Certains rapports ont parfois mis en lumière des écarts de réglementation entre les pays, créant une forme de "bio à deux vitesses" où les exigences sociales ou environnementales globales (comme la consommation d'eau) ne sont pas toujours aussi élevées qu'en France ou en Europe de l'Ouest.


Débat technique sur certains usages


Enfin, l'usage de certains pesticides naturels autorisés en bio constitue un sujet de débat technique. Le cuivre, par exemple, utilisé pour lutter contre le mildiou, est un métal qui ne se dégrade pas et finit par s'accumuler dans le sol, posant des problèmes de toxicité pour la microfaune comme les vers de terre. De même, la pression économique sur la filière pousse parfois à une "industrialisation du bio" qui, tout en respectant la lettre du règlement (pas de chimie de synthèse), s'éloigne parfois de l'esprit initial en pratiquant la monoculture intensive ou en utilisant une main-d'œuvre précaire. Le bio est donc une filière hautement préférable sur le plan sanitaire et écologique, mais elle n'est pas une bulle totalement isolée des imperfections du monde industriel et environnemental actuel.