dimanche 18 août 2019

Que boire avec… le cassis, nature ou en desserts

Un petit fruit qui a tout d'un grand (©DR).




Le cassis, cette petite baie d'un noir profond et brillant, est une véritable explosion de saveurs à lui tout seul. Contrairement à d'autres petits fruits rouges plus consensuels, le cassis affiche un tempérament indomptable, caractérisé par un jus dense, des tanins affirmés, et surtout une acidité tranchante doublée d'un parfum musqué et boisé d'une puissance hors du commun. Qu'il soit picoré frais avec audace, cuit dans une tarte ou transformé en coulis velouté, il exige des compagnons de route solides, capables de dialoguer avec sa force aromatique sans se faire balayer.


Les atouts nutritionnels du cassis : le roi des antioxydants


Sur le plan de la santé, le cassis est un véritable monument nutritionnel, surpassant la quasi-totalité des autres fruits de nos jardins. Il est l'une des sources végétales les plus riches en vitamine C, en affichant une concentration près de trois fois supérieure à celle de l'orange, ce qui en fait un stimulant immunitaire et un anti-fatigue d'exception. Sa couleur d'encre trahit une densité extraordinaire en anthocyanes et en polyphénols, des antioxydants surpuissants qui protègent le système cardiovasculaire, améliorent la microcirculation (notamment oculaire) et luttent contre le vieillissement cellulaire. De plus, sa richesse en fibres et en potassium s'accompagne de propriétés anti-inflammatoires et diurétiques reconnues depuis des siècles, faisant de cette petite baie un authentique super-aliment de l'été.


Des bulles demi-sec ou un kir revisité pour les baies fraîches et natures


Déguster des baies de cassis fraîches, tout juste égrappées au fond d'une coupelle avec un léger voile de sucre pour calmer leur ardeur, demande une boisson vive et festive. Un Champagne demi-sec ou un Crémant de Bourgogne rosé forment un accord d’une grande logique. Les bulles dynamiques et le sucre résiduel du champagne demi-sec viennent enrober l'acidité tranchante du cassis frais, créant un équilibre parfait en bouche. Pour un clin d’œil historique, vous pouvez accompagner ces baies d'un Bourgogne Aligoté sec : le croquant du fruit frais viendra recréer, directement dans votre palais, la magie du célèbre Kir bourguignon.


Un rouge doux et muté pour une tarte ou un crumble aux cassis


Lorsque le cassis passe au four pour être cuit en tarte ou sous un crumble croustillant, la chaleur fait éclater sa peau et concentre son jus, libérant des tanins boisés et une acidité confite. Pour faire face à cette puissance hors norme, le vin blanc capitule et cède sa place à un vin rouge doux naturel comme un Maury rouge, un Banyuls ou un Porto Vintage. Les notes de pruneau, de cacao, de cuir et de fruits noirs de ces vins mutés épousent magistralement l'esprit forestier du cassis cuit. L'alcool chaleureux et la sucrosité du vin viennent dompter l'âpreté de la baie, offrant une finale somptueuse et infiniment chaleureuse.


Un grand vin liquoreux pour un cheesecake ou un sorbet au cassis


Si le cassis est travaillé sous forme de sorbet intense ou de coulis versé sur la rondeur lactée d'un cheesecake ou d'une panna cotta, la texture grasse de la crème vient déjà faire écran à l'acidité du fruit. L'accord parfait réclame alors un vin blanc liquoreux d'une immense noblesse et doté d'une fraîcheur absolue. Un Sauternes jeune ou un Jurançon moelleux se prêtent magnifiquement à cet exercice. La richesse beurrée et miellée de ces vins apporte la gourmandise nécessaire pour escorter le dessert, tandis que la vivacité légendaire du cassis vient réveiller le vin, évitant toute sensation de lourdeur pour un accord d'un équilibre royal.


Sans alcool : un thé noir Earl Grey ou une eau de coco au gingembre


Pour une alternative sans alcool qui soutient le caractère bien trempé du cassis, la boisson doit avoir du répondant. Pour le goûter, un thé noir Earl Grey bien corsé servi chaud est idéal pour accompagner une part de tarte. Les tanins du thé noir s'unissent à ceux du cassis, tandis que les notes de bergamote apportent une touche d'agrumes qui souligne le parfum de la baie avec beaucoup d'élégance. Si vous cherchez une option fraîche pour accompagner des fruits natures, un grand verre d'eau de coco bien fraîche additionnée d'un trait de jus de gingembre fera des merveilles : la douceur naturelle de la coco calmera le feu acide du cassis, tandis que le piquant du gingembre offrira un écho parfait à son tempérament sauvage.

lundi 12 août 2019

La France adore les sojas… brésiliens !

Le Brésil produit plus de soja que les Etats-Unis (DR).


Il existe une contradiction majeure dans l'agriculture française : tandis que le débat sur la transition écologique battait son plein, la dépendance de l'Hexagone envers l'agro - industrie sud-américaine atteignait des sommets. Ce paradoxe, souvent qualifié de "déforestation importée", illustre à quel point nos assiettes sont connectées aux terres brésiliennes.


Les chiffres d'une addiction massive et invisible


En 2019, la France importe chaque année environ 3,5 millions de tonnes de tourteaux de soja, la matière solide obtenue après l'extraction de l'huile des graines. Le Brésil est le premier fournisseur de ce marché, représentant près des deux tiers de ces volumes massifs. Pour mesurer concrètement cette dépendance géographique, cela signifie qu'un cargo géant de 60 000 tonnes rempli de soja brésilien accoste dans un port français, comme Montoir-de-Bretagne ou Le Havre, tous les dix jours en moyenne.

Cette consommation massive se traduit par une empreinte foncière colossale hors de nos frontières. Les importations françaises de soja mobilisent chaque année plus de 1,2 million d'hectares en Amérique du Sud, soit une surface équivalente à la taille d'une région entière comme l'Île-de-France. À l'échelle individuelle, chaque citoyen français consomme ainsi indirectement environ 54 kilos de soja par an, une quantité dont la grande majorité est génétiquement modifiée, puisque près de 80% du soja brésilien débarquant dans les ports européens est issu de variétés OGM cultivées avec du glyphosate.


La faim des élevages : le moteur de l'importation


Contrairement à une idée reçue, cette immense quantité de soja n'est pas importée pour fabriquer du tofu ou du lait végétal destinés aux humains. En France, plus de 90% du soja importé est strictement réservé à l'alimentation animale, car cette plante possède un profil nutritionnel exceptionnel, riche en acides aminés essentiels, qu'aucune autre culture locale ne peut égaler à un coût aussi bas. Le tourteau de soja est devenu l'ingrédient magique de l'élevage intensif pour accélérer la croissance des animaux et doper la production de lait ou de viande.

Les filières avicoles et porcines sont les premières consommatrices de cette protéine brésilienne. Dans l'alimentation des volailles de chair comme les poulets de batterie, le soja représente près de 30% de la ration quotidienne pour assurer un développement musculaire ultra-rapide. Les vaches laitières de haute performance dépendent elles aussi fortement de ce complément pour maintenir des rendements élevés, le soja constituant plus du tiers de leurs apports en protéines concentrées.


Les raisons d'une dépendance historique impossible à briser


La raison profonde de cette dépendance française remonte aux accords commerciaux internationaux signés dans les années 1960. Lors du cycle de négociations du GATT, l'Union européenne a accepté de laisser entrer les protéines végétales américaines et sud-américaines sur son sol sans aucune taxe douanière, en échange d'une protection de ses propres céréales comme le blé. Ce compromis historique a rendu le soja d'importation structurellement moins cher pour les éleveurs français que n'importe quelle alternative locale, décourageant pendant des décennies la production de protéines en Europe.

Aujourd'hui, la France ne produit sur son propre sol qu'un dixième des besoins nécessaires à ses élevages. Le climat européen et le coût de la main-d'œuvre empêchent les agriculteurs locaux de rivaliser avec les rendements géants du Mato Grosso brésilien, où les surfaces cultivées ont été multipliées par deux cents depuis les années 1960. Remplacer totalement ce soja par des cultures locales comme le pois, la féverole ou le luzerne demanderait de bouleverser des millions d'hectares de terres céréalières en France, illustrant la complexité de la quête d'une souveraineté alimentaire.


En guise de conclusion :

Manger de la viande - comme du porc ou du poulet - c'est cautionner ces importations d'Amérique du Sud. Nous n'avons rien contre, mais pensez-y quand vous ajouter à vos menus ce genre de viandes. Tout est lié si on regarde de près ce que contiennent nos assiettes…

samedi 10 août 2019

Serres chauffées : désormais interdites pour les cultures bio !

Les serres chauffées depuis longtemps dans le collimateur (©DR).


Le débat sur les serres chauffées constitue un tournant majeur pour l'image et l'éthique de l'agriculture biologique en France. En ce mois de juillet 2019, après des mois de tensions entre les producteurs industriels et les défenseurs d'une vision saisonnière de l'écologie, l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) vient de trancher en faveur d'un encadrement strict : les cultures bios sous serres chauffées produites entre le 21 décembre et le 30 avril sont désormais interdites de vente en France !


La décision de l'INAO vise à protéger la cohérence du label AB, dont l'un des piliers fondamentaux est le respect des cycles naturels et la limitation de l'empreinte carbone.

L'enjeu principal de cette mesure est d'empêcher la commercialisation de légumes d'été, comme les tomates ou les concombres, en plein hiver ou au tout début du printemps. Pour les opposants au chauffage des serres, produire une tomate bio en mars émet jusqu'à sept fois plus de gaz à effet de serre qu'une tomate produite en saison. Autoriser une telle pratique créé, selon eux, une distorsion de concurrence vis-à-vis des petits producteurs de plein champ et trompait le consommateur qui associe souvent le logo biologique à une démarche de sobriété énergétique.


En ligne de mire : les phases de récolte et commercialisation


Concrètement, la réglementation adoptée interdit le chauffage des serres pour la production de fruits et légumes biologiques entre le 21 décembre et le 30 avril. Cette interdiction ne concerne pas la production de plants, mais cible directement la phase de récolte et de commercialisation. L'objectif est d'assurer que les produits bio mis sur le marché français respectent le rythme des saisons, évitant ainsi le recours massif aux énergies fossiles pour chauffer des structures vitrées durant les mois les plus froids.


La France plus restrictive que les règlements européens


Cette décision n'a toutefois pas tardé à susciter des critiques de la part d'une partie de la filière, qui craignait de perdre des parts de marché face aux importations. En effet, le règlement européen sur le bio est moins restrictif que la norme française sur ce point précis, permettant ainsi à des produits bio chauffés en provenance d'autres pays de circuler librement. Malgré ce paradoxe économique, la France choisi de privilégier l'exigence environnementale, faisant des serres chauffées un symbole de la lutte contre l'industrialisation du label biologique.


Notre avis :

Sujet à suivre ces prochains mois/années…