samedi 10 février 2018

Idée reçue : l'ananas ferait maigrir

La vérité sur l'ananas et la broméline (©DR).



L'ananas est depuis des décennies la star incontestée des régimes amincissants, souvent qualifié de fruit « brûle-graisses » par excellence. Cette réputation fascinante repose sur la présence d'une enzyme spécifique logée au cœur de ce fruit exotique : la broméline. Le marketing nutritionnel s'est emparé de cette molécule pour faire miroiter la promesse magique d'un aliment capable de dissoudre les cellules adipeuses dès sa consommation.


Pour répondre tout de suite et sans détour à l'allégation de ce sujet, le verdict scientifique est sans appel : c'est techniquement faux. L'ananas ne possède aucun pouvoir de destruction des graisses de l'organisme, et l'action réelle de la broméline s'exerce dans un tout autre domaine de la physiologie humaine.


Le quiproquo biologique entre la digestion des protéines et la fonte des graisses


La légende de l'ananas brûleur de graisse est née d'une confusion scientifique majeure concernant le rôle exact de la broméline. Cette enzyme n'est pas une lipase (une molécule qui détruit les lipides), mais une enzyme protéolytique, ce qui signifie que sa seule et unique fonction est de découper et de digérer les protéines. Dans le tube digestif, la broméline aide à fractionner les molécules de viande, de poisson ou de légumineuses pour faciliter leur assimilation par l'organisme. Elle n'entre jamais en contact avec les tissus adipeux stockés sous la peau ou autour des organes. Croire que manger de l'ananas permet de cibler et de détruire la graisse corporelle relève donc d'un contresens biologique total.


Le piège de la localisation de l'enzyme et de l'acidité gastrique


Même si la broméline avait le pouvoir d'attaquer les graisses, la consommation d'ananas frais ne suffirait pas à produire cet effet pour des raisons d'anatomie et de biochimie. La très grande majorité de la broméline ne se trouve pas dans la chair juteuse et sucrée que nous mangeons, mais dans la tige centrale, dure et fibreuse de l'ananas, que l'on rejette systématiquement. De plus, lorsque nous ingérons cette enzyme, elle doit affronter l'environnement extrêmement acide de l'estomac. Les sucs gastriques détruisent et désactivent une part immense de la broméline avant même qu'elle ne puisse atteindre la circulation sanguine, réduisant à néant ses potentielles actions systémiques dans le reste du corps.


Les vrais atouts de l'ananas pour la silhouette et la santé


Si l'ananas ne fait pas maigrir par magie, il reste un fruit exceptionnel à intégrer dans le cadre d'un rééquilibrage alimentaire pour des raisons bien réelles. Sa richesse en fibres et sa forte teneur en eau en font un excellent aliment de satiété, idéal pour calmer les envies de sucre avec un apport calorique modéré. De plus, la broméline, lorsqu'elle est extraite industriellement de la tige et consommée sous forme de compléments alimentaires hautement dosés, révèle de puissantes propriétés anti-inflammatoires et anti-œdémateuses. Elle s'avère alors très utile pour lutter contre la rétention d'eau et la cellulite douloureuse en améliorant la microcirculation, prouvant que si l'ananas ne brûle pas les graisses, il participe activement à notre bien-être général.