samedi 28 avril 2018

Que boire avec… des fromages de brebis ?

De beaux fromages de brebis et des idées d'accompagnement (©DR).



Bien que souvent associés dans l'esprit des consommateurs sous l'étiquette des "fromages de caractère", les chèvres et les brebis cachent des réalités gustatives, chimiques et de fabrication radicalement différentes. Comprendre ces nuances permet de mieux cerner pourquoi leurs accords avec les boissons divergent autant.


Les différences fondamentales entre chèvre et brebis


La première grande divergence tient à la composition même du lait. Le lait de brebis est beaucoup plus riche, plus gras et plus dense que le lait de chèvre, ce qui se ressent immédiatement en bouche par une texture plus onctueuse, douce et enveloppante. Sur le plan des saveurs, le chèvre se distingue par sa fraîcheur vive, son côté parfois herbeux et son acidité naturelle très marquée. À l'inverse, le brebis développe un profil plus rond, moins acide, axé sur des notes de noisette, de beurre et de sous-bois. Enfin, leurs modes de fabrication diffèrent : si le chèvre est le roi des pâtes molles ou sèches de petite taille, le brebis excelle dans les grandes tommes à pâte pressée, comme l'Ossau-Iraty, ou dans les pâtes persillées puissantes comme le Roquefort.


Les vins blancs du Sud-Ouest pour les tommes de brebis


Pour les fromages de brebis à pâte pressée comme les tommes pyrénéennes ou corses, les vins blancs de Loire (si parfaits pour le chèvre) s'avèrent trop légers et acides. Le gras et la douceur du lait de brebis demandent des vins blancs plus charnus, riches et aromatiques. Les vignobles du Sud-Ouest offrent des réponses magistrales. Un Jurançon sec ou un Irouléguy blanc possèdent cette matière chaleureuse, grasse et parfumée qui épouse parfaitement la texture dense du fromage. Leurs notes de fruits mûrs et d'épices douces soulignent le goût de noisette de la tomme sans jamais se laisser dominer.


L'accord de contraste absolu pour le Roquefort


Le Roquefort et les autres bleus de brebis imposent un défi unique en raison de leur forte teneur en sel et de la puissance de leurs moisissures. Alors qu'un chèvre bleu s'accommoderait d'un blanc sec complexe, le Roquefort exige de la douceur pour calmer son feu. Les grands vins liquoreux comme le Sauternes, le Monbazillac ou un Porto blanc créent ici un accord mythique. Le sucre et l'onctuosité du vin viennent napper le sel du fromage, tandis que la force du bleu réveille la complexité aromatique du vin. C'est un jeu d'opposition total et sublime que l'on ne pratique quasiment jamais avec les fromages de chèvre.


Les vins rouges structurés pour les brebis affinés


Si le vin rouge est souvent l'ennemi du fromage de chèvre à cause de l'acidité de ce dernier, il trouve une place de choix auprès des vieux fromages de brebis. Grâce à la richesse en matières grasses du lait de brebis et à l'absence d'acidité mordante, les tanins du vin rouge sont idéalement assouplis. Vous pouvez ainsi servir un vin rouge de caractère, comme un Madiran assagi par quelques années de garde, un Pauillac ou un rouge de la Vallée du Rhône. La texture compacte de la tomme de brebis supporte la puissance du vin, et les notes boisées ou épicées de la bouteille se mêlent harmonieusement aux arômes de sous-bois du fromage.


La bière ambrée pour une alternative de caractère


Pour remplacer le vin, la bière offre des perspectives passionnantes avec le brebis, bien loin des associations légères que l'on réserve au chèvre frais. Une bière ambrée ou une bière de garde de fermentation haute s'impose comme une évidence. Les malts torréfiés utilisés pour fabriquer ces bières développent des saveurs de caramel, de pain grillé et de fruits secs. Ces arômes chauds entrent en résonance directe avec le profil beurré et l'esprit "noisette" des tommes de brebis. De plus, la texture ronde de la bière enveloppe le fromage, tandis que sa fine bulle vient alléger la dégustation en fin de bouche.


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