Promotion de fruits pour limiter les invendus (©David Allignon).
Nous vous proposons de faire un état des lieux - le plus complet possible - de l'application de la loi dite « Garot », un an presque jour pour jour après son adoption à l'unanimité par le Sénat le 3 février 2016. Ce bilan un an plus tard - en début de l'année 2017 - met en lumière les avancées concrètes, mais aussi les premiers défis logistiques rencontrés sur le terrain.
Une explosion historique du volume des dons alimentaires
Le premier effet mesurable de la loi en 2017 est l'augmentation spectaculaire des denrées collectées par les associations caritatives. En obligeant les supermarchés de plus de 400 mètres carrés à signer une convention de don, le texte a provoqué un afflux massif de nourriture qui finissait auparavant à la poubelle. Les Banques Alimentaires constatent dès 2017 une hausse de près de 28 % des produits récupérés par rapport à la période précédant la loi. Plus de 90 % des grandes surfaces concernées se sont conformées à la législation dès la première année, permettant de distribuer des millions de repas supplémentaires aux personnes en situation de précarité.
La fin de la destruction volontaire et la valorisation en rayon
L'autre grande avancée de l'année 2017 réside dans la disparition quasi totale des pratiques de destruction des invendus. La loi ayant interdit de javelliser ou de rendre délibérément impropres à la consommation les aliments encore comestibles, les directeurs de magasins ont dû réorganiser leurs rayons. On voit ainsi fleurir dans toute la grande distribution des zones dédiées aux produits à dates courtes, vendus avec des rabais importants de 30 % à 50 %. Cette pratique, appelée le stickage, permet d'écouler les stocks rapidement auprès des consommateurs à petit budget tout en évitant le gaspillage à la source, avant même l'étape du don.
Les premiers défis logistiques et la question de la qualité
Malgré ces succès, le bilan de l'année 2017 soulève des difficultés majeures pour le tissu associatif. Celui-ci s'est en effet retrouvé submergé par des volumes qu'il n'était pas toujours armé pour gérer. Les associations manquent de bras, de camions frigorifiques et de locaux adaptés pour stocker cette nouvelle marchandise périssable. De plus, certains magasins en profitent pour vider des rayons entiers à la hâte, léguant parfois des produits à la date limite dépassée ou des fruits et légumes très abîmés que les réceptionnaires ne pourront faire autrement que de jeter (estimation de 15% des dons). Un an après la loi, les acteurs de terrain réclament un encadrement plus strict pour que le don reste de qualité et ne transforme pas les associations en trieurs de déchets de la grande distribution.