| Panier-colis pour les bénéficiaires (©DR). |
Cinq ans après l'adoption de la loi Garot en 2016, en ce début de l'année 2021, les acteurs du don alimentaire disposent enfin d'un recul suffisant et de données statistiques précises pour analyser la nature exacte de ce qui est sauvé des poubelles des supermarchés. Le paysage des banques alimentaires s'est profondément transformé, révélant une radiographie précise des invendus, entre produits essentiels à la santé et présence notable de la malbouffe. Ci-dessous un petit état des lieux de la composition de ces stocks au début de l'année 2021.
Une prédominance massive mais fragile des fruits et légumes
En ce début de l'année 2021, les produits frais se hissent au premier rang des invendus collectés en grande surface. Les fruits et légumes représentent à eux seuls près de 31 % du volume total des denrées récupérées par les associations. Ce chiffre s'explique par la nature ultra-périssable de ces aliments et par les critères esthétiques stricts de la grande distribution, qui retire des rayons les produits flétris ou hors gabarit. Si cette abondance permet d'apporter des vitamines indispensables aux bénéficiaires de l'aide alimentaire, elle constitue un défi logistique permanent : plus de 20 % de ces stocks de fruits et légumes arrivent dans les associations à un stade de maturité si avancé qu'ils doivent être triés et jetés dès la collecte.
Les produits sains du quotidien : le socle de l'épicerie et du frais
Au-delà des végétaux, les aliments dits « sains » ou de première nécessité forment le cœur rassurant des dons issus de la loi Garot. Les produits laitiers (yaourts, fromages, lait), très surveillés en raison de leur date limite de consommation (DLC), constituent environ 15 % des stocks récupérés. L'épicerie sèche de base, qui comprend le riz, les pâtes, les légumes secs et les conserves de poissons ou de légumes, représente quant à elle près de 25 % des volumes. Ces produits sains et stables sont les plus plébiscités par les bénévoles, car ils permettent de composer des paniers équilibrés et sont faciles à stocker et à distribuer sans rupture de la chaîne du froid.
La part non négligeable de la malbouffe et des produits industriels
Le bilan des cinq ans de la loi Garot met également en lumière une réalité plus mitigée : les associations caritatives reçoivent d'importants volumes de produits ultratransformés et de « malbouffe ». Les plats cuisinés industriels, les pizzas surgelées et les snacks salés représentent environ 12 % des invendus. Plus marquant encore, les boissons sucrées (sodas, jus industriels) et les produits de la catégorie « plaisir » (biscuits, confiseries, viennoiseries de la veille) pèsent pour près de 10 % dans la balance des dons. Les supermarchés utilisent souvent le canal du don pour s'alléger de ces produits à forte marge dont les ventes ont été mal anticipées, obligeant les diététiciens des banques alimentaires à arbitrer pour ne pas déséquilibrer l'alimentation des populations précaires.
Une traçabilité renforcée à l'aube de la loi AGEC
En ce début d'année 2021, la composition de ces stocks s'apprête à devenir encore plus transparente grâce à l'entrée en vigueur progressive de la loi AGEC (Loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire), votée l'année dernière, en 2020. Cette législation prolonge l'élan de la loi Garot en imposant aux supermarchés une traçabilité rigoureuse et des plans de gestion de la qualité des dons. Les contrôles renforcés de la DGCCRF montrent qu'auparavant, certains magasins utilisaient le don pour défiscaliser des produits de mauvaise qualité. Désormais, l'accent est mis sur la valeur nutritionnelle des invendus, afin que la lutte contre le gaspillage s'aligne enfin avec les impératifs de la santé publique.
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