vendredi 23 décembre 2016

Des insectes dans nos assiettes ?

Manger des insectes : des freins psychologiques et culturels (©DR).


Voilà quelques années que l'idée de remplacer la viande classique (rouge ou blanche) par la consommation  d'insectes - autrement appelée l'entomophagie - fait son chemin dans les esprits. Nous vous proposons ci-dessous de faire un petit point sur le sujet en France et dans les pays européens. Aujourd'hui, et de plus en plus, l'idée quitte le strict domaine des rapports scientifiques pour tenter de s'imposer, non sans heurts, dans l'espace public et économique européen.


Le basculement vers l'industrialisation


Jusqu'alors cantonnée à une curiosité exotique ou à une piste théorique soulevée par l'ONU en 2013, cette année 2016 marque l'industrialisation concrète de la filière en France. C'est durant cette période que les premières start-ups tricolores spécialisées (comme Jimini's ou Micronutris) commencent à lever des fonds importants et à installer des usines d'élevage automatisées. La motivation est alors purement environnementale : face aux chiffres de pollution de la viande de bœuf, les insectes affichent un taux de conversion imbattable, nécessitant six fois moins de nourriture pour produire la même quantité de protéines. L'année 2016 voit ainsi l'apparition des premiers insectes apéritifs ou barres énergétiques pour sportifs dans les rayons de certaines grandes surfaces françaises.


Le grand flou juridique européen


Malgré cet élan commercial, cette année est aussi celle d'un immense coup de frein réglementaire en Europe. À cette date, les insectes tombent sous le coup d'un ancien texte européen de 1997 sur les "nouveaux aliments" (Novel Food). Ce règlement n'interdit pas explicitement les insectes, mais il impose de lourdes procédures d'autorisation scientifique pour prouver leur non-toxicité. La France choisit d'appliquer une politique de tolérance technique pour les entreprises déjà sur le marché, mais elle leur interdit toute communication de masse. Le consommateur français se retrouve face à un paradoxe : on lui vante les mérites écologiques des grillons, mais l'État restreint leur vente en attendant une harmonisation européenne.


Un comparatif européen aux trajectoires très diverses


Face à ce flou réglementaire, les pays européens réagissent de manière totalement opposée, dessinant une carte de l'Europe à plusieurs vitesses.

La Belgique et les Pays-Bas se positionnent dès 2016 comme les pionniers absolus du sujet. Leurs autorités sanitaires nationales décident unilatéralement d'autoriser la commercialisation d'une dizaine d'espèces d'insectes (comme le ver de farine ou le criquet migrateur). En 2016, les supermarchés néerlandais et belges proposent déjà des "burgers d'insectes" ou des nuggets dans leurs rayons frais de façon totalement légale, devançant de plusieurs années le reste du continent.

L'Allemagne et le Royaume-Uni adoptent une position intermédiaire. En 2016, ces pays tolèrent la vente de produits à base d'insectes uniquement s'ils sont commercialisés entiers (car le texte européen de l'époque visait surtout les ingrédients "extraits" ou transformés). Des concepts de restaurants éphémères et de boutiques en ligne fleurissent à Londres et Berlin, surfant sur un public urbain et curieux.

L'Europe du Sud, menée par l'Italie et l'Espagne, applique une fermeture totale ! Très attachés à leurs traditions gastronomiques et stricts sur les questions sanitaires, ces pays interdisent purement et simplement la vente d'insectes pour la consommation humaine sur leur territoire, saisissant les rares stocks importés.


Le mur du dégoût psychologique


Si cette année a permis de poser les bases industrielles et d'initier les débats réglementaires qui mèneront aux autorisations officielles de l'Union Européenne quelques années plus tard, elle n'a pas été le grand soir de l'alimentation de masse. Les études de sociologie de la consommation menées cette année montrent que le principal frein n'était pas le prix ou l'accès au produit, mais une barrière culturelle majeure. Pour la grande majorité des Européens, l'insecte reste associé à la saleté ou à la pauvreté. Les entreprises ont compris cette année-là que pour faire accepter cette nouvelle protéine, il faudrait cesser de présenter l'animal entier et privilégier son incorporation invisible sous forme de farine dans des produits du quotidien comme les pâtes ou les biscuits.

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